Reportages

Sinjar, naissance des fantômes

Le 3 août 2014, le groupe Etat Islamique s’est lancé à la conquête de la région du mont Sinjar, en Irak. Trois ans plus tard, environ 3 500 Yézidis sont toujours entre leurs mains ou portés disparus. Le demi-million de Yézidis qui vivaient dans les villes et villages de la région ont fui. Ne leur reste plus aujourd’hui, dans les camps de réfugiés, que la souffrance vive laissée par ceux qui sont absents. Dès lors, quel chemin emprunter pour guérir du traumatisme, dans ce temps immobile qui en ravive la douleur jour après jour ? Comment refermer la fracture et apaiser la voix de ses fantômes ?

Cartes

Série en cours. Un survol de l’Irak et de la Syrie. Une cartographie du temps, des motifs imprimés à l’espace par les activités humaines et la guerre. L’idée qu’un lieu conserve une mémoire, que l’histoire est un processus organique évoluant dans le paysage. Volonté de puissance et ruines deviennent des éléments d’un langage géographique qui dit notre manière d’habiter le monde, et de le hanter.

Souvenirs de la frontière

Au petit poste frontière de Tovarnik, en Croatie, ils sont des milliers à attendre un bus ou un train pour poursuivre leur voyage vers le nord de l'Europe. Ils sont réfugiés de guerre, réfugiés politiques, migrants économiques... On cherche en vain des étiquettes pour les ranger, pour essayer d'appréhender ce flux immense de déplacés venus des quatre coins du Moyen Orient. Mais la réalité est complexe et enchevêtrée. Toutes les histoires sont particulières et offrent, mises les unes à la suite des autres, la mosaïque d'un monde qui a volé en éclats.

14 novembre

C’est le premier impact après l’explosion. L’innocence qui se froisse, les plis du visage qui se plissent. L’esprit se débat dans la surprise du choc. Les larmes ou l’absence de larmes convoquent les amis près de soi et les amis qui ne seront plus jamais là. C’est le début ou la fin de quelque chose pour tout le monde.

The border

Suite à la décision de la Hongrie de fermer sa frontière avec la Serbie, des dizaines de milliers de réfugiés et de migrants se sont tournés vers la Croatie pour espérer rejoindre l'Europe du nord. En dix jours, du 16 au 26 septembre 2015, la petite ville frontière de Tovarnik, en Croatie, a vu affluer près de 65 000 personnes.

Srebrenica, le retour à la terre

Il y a bientôt vingt ans, le 11 juillet 1995, débutait le plus grand massacre de civils que l’Europe a connu depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale. En s’emparant de la ville de Srebrenica et de sa région, les Serbes de Bosnie ont achevé leur programme de nettoyage ethnique envers les Musulmans du pays, tuant huit mille hommes et déportant leurs familles. Pourtant, des années plus tard, des enfants, des femmes et des survivants qui ont tout perdu ont décidé de revenir vivre chez eux malgré les cauchemars du passé et les difficultés du quotidien.

Srebrenica, topographie d'un massacre

Les lieux ont une mémoire. Les évènements froissent l’espace et le temps, impriment dans le paysage des motifs plus ou moins discrets, plus ou moins reconnaissables. Souvent, avoir de bons yeux ne suffit pas. Il faut avoir été introduit dans le secret, initié à la longue histoire cachée sous la surface des choses. Alors, ce que l’on voit gagne une dimension supplémentaire, celle du temps recroquevillé qui soudain se déploie et offre à la vue la profondeur des jours passés.

Mémoire de l'abîme, portrait d'un survivant de Srebrenica

Nedžad avait seize ans quand il a survécu au massacre de Srebrenica. Touché, il parvient tout de même à s’enfuir à travers bois. Aujourd’hui, Nedžad a 36 ans. Il est marié et père de deux petites filles. En 2007, après des années d’exil, refusant de s’installer à l’étranger, il a décidé de revenir vivre à Srebrenica. Il ne pouvait s’imaginer vivre loin de cette terre où reposent tous ses proches. Et malgré les difficultés du quotidien, il croit en un avenir meilleur pour lui et sa famille.

Bosnie, voyage au pays des cueilleurs de fer

Ils sont une dizaine ce matin-là, pliés en deux sous le poids d’un ciel lourd et empoisonné. Avec pelles et pioches, ils fouillent le sol noir à la recherche d’un antidote à leur misère. Ces hommes vivent en bordure d’une des plus grandes aciéries d’Europe, propriété d’Arcelor Mittal, à Zenica, dans le centre de la Bosnie-Herzégovine. Victimes des privatisations successives de leur outil de travail dans les années 1990 et 2000, ils n’en continuent pas moins de vivre par et pour le fer, sur la terre empoisonnée de la décharge, à la recherche du minerai qui a scellé leur destin.

La Vie est ailleurs

A trois heures d'Athènes, sur l'île d'Evia, la crise est un concept abstrait et lointain. De la côte, on admire les montagnes qui tombent dans la mer. La chaleur est écrasante et le chant des cigales entêtant. C'est ce cadre qu'a choisi Apostolos pour fonder son projet d'éco-communauté, baptisée «Free and Real».

Syrie, la guerre des Kurdes

Depuis l’automne 2012, un nouveau front s’est ouvert dans le nord de la Syrie. Ce reportage documente la situation dans la ville de Ras-al-Aïn (Serekaniyê en kurde), tête de pont du nouveau Kurdistan autonome face aux troupes djihadistes. Ville frontière avec la Turquie, elle a été l’objet de violents combats entre les islamistes et les Unités de Défense du Peuple (YPG), l’armée populaire kurde. Et pour cause, elle est considérée par les forces en présence comme un enjeu stratégique majeur de la guerre dans cette région de la Syrie.

Népal, dans l'ombre qui s'étend

Ces dernières années, au nom d’importants accords bilatéraux, la Chine exige du Népal la plus grande fermeté à l’égard des Tibétains. La mise en place de la «One China Policy» contraint ainsi le Népal à fermer ses frontières et à traquer les clandestins tibétains pour les renvoyer en Chine. Cet arsenal coercitif s’accompagne d’interdictions qui stigmatisent la communauté tibétaine. À l’heure où le Dalaï Lama a pris sa retraite politique et où les soutiens internationaux de la cause tibétaine ont plié face aux arguments de la superpuissance chinoise, jamais le sort des Tibétains n’est apparu aussi sombre.